Ceci et ceux-là

Projection et montage sonore, 4 min.

Le projet s'étale sur une année.
Une année où les épreuves se sont succédées.

Cela faisait longtemps que je ne m'étais pas donné d'espace. Je m'appliquais à reproduire et produire comme on voulais que je le fasse. J'ai commencé à photographier mon entourage par nécessité, comme si derrière la barrière émotionnelle qu'est l'appareil photo, je me rassurais ; à la fois de ma présence et de cette position transparente, mais réconfortante, que je prenais dans les moments douloureux. Pour exister. Pour m’échapper sans vraiment partir.

Photographier me permet de prendre conscience. De me voir avec les autres. De me faire violence à partager pour sortir de cette carapace et de ces habitudes nocives. Si ancrées parce qu’on a pas appris tardivement, à se laisser aimer.

J’enregistre, je vole des bribes de conversation, des bruits, des sons qui m'interpellent. Trop réfléchies et trop travaillées dans mon esprit, les phrases qui sortent de ma bouche finissent par sonner faux. Alors j’anticipe celles des autres, pour exprimer mes propres sensations. Plus j’appuis sur le bouton rouge pour enregistrer, plus ces intimités partagées au coin du feu me bouleversent. Hors du groupe, entre nous. J’aimerais tout garder. Ces grands trésors et ces petites déceptions figées, qui renforcent ma mémoire, et, de loin en loin, me raffinent.

Donnez-moi vos mots, ils sont si justes.

Ce sont ces intensités qui comptent. Apres. Pesantes. Ces moments qui s’imposent, que je me doit d’accueillir. Et la larme à l’oeil, de recueillir. Délaissant les armes et la pudeur, je me laisse entre les mains de l'autre, sans que je m’en aperçoive. Ceci, ceux-là. Ces difficultés que je dois mettre à distance, ces sauveurs que je tente d'aimer, pudiquement. Ces instants que je veux conquérir, pour ne jamais les oublier.

Ceci et ceux-là c’est une tentative de me projeter, dans cette foutue réalité qui m'échappe. Une envie de lutter contre une mémoire malade et un corps trop froid pour enlacer l'autre. J’existe lentement, mais j’existe quand même. La photographie m’adoucit et m’aide peut-être à exister plus pleinement.

J'essaye de capter les sensations qui me submergent.

Et naïvement, à travers l’autre, de me rencontrer.