Fiction Personnelle
Ou petites divagations frauduleuses.

Autoportrait, Saint-Péray 2019
On ne peut pas dire que tout est perdu, ni même que ce soit mal parti... mais j'ai sacrement la trouille. Une nouvelle journée qui commence, c'est comme un sursis. Chaque matin je me promets, en silence, de continuer. Pour avoir le temps de tout leur dire, de tout m'avouer, surtout. De sentir. Seulement, c’est plus plus compliqué d'y croire avec autant de fermeté, le soir venu.
Je ne parviens pas à effacer les marques laissées par les périodes d'excès, et je ne mesure pas leur grandeur. Elles prennent place, insidieusement, ces petits réflexes protecteurs, ces acquis mal venus, lorsque l'enfant doit grandir par force ; se cacher, sursauter, surveiller, réapprendre à se défendre, garder l'esprit disponible, rester sur ses gardes, toujours. Au cas où.
Si les souvenirs flous laissent une impression amère d'inachevé, j'espère que certains autres, très nets, ne soient que de passage devant mes yeux ; que ces impressions passent. Nommer c’est guérir, paraît-il. Parfois je me dis que faire des photos rendra l’amertume deviendra plus supportable.

Pleurez ou riez, peu m'importe ! L'un et l'autre sont si proches…
Je tente de me mettre à poil et prendre le contre pied du monde qui ne sait que s'habiller, et se rhabiller sans se voir. Réaliser des séries un peu fauves, égocentriques et décousues, des sensations qui me tiennent à cœur. Je ne pourrai prétendre à voir ce qui m'entoure si je n’arrive pas à porter un regard sur moi.
Personne ne devrait laisser son image entre les mains d'une jeune fille boiteuse.

A la mort de Mamiette, je me suis posé sur le lit, j’ai senti, j’ai fait des images. De ses affaires, du vide, de son corps à la morgue et de l’enterrement. J’avais besoin de garder le moindre souvenir d’elle, comme si j’avais pas eu assez d’elle dans ma vie. Comme si je voulais partir avec elle.
“ Je regardais l'horloge tourner, et la chance avec.
J'espérais qu'elle ne s'arrête pas loin. ”