Le goût du sang

Une affaire de famille.

 

Copie de Copie de Capture d’écran 2017-11-16 à 12.30.21.png

Heureusement qu’elle est là, la pellicule. Elle m’a poussé à regarder, à sentir les choses sans que le mouvement soit parasité par ce qu’on attend de moi. Ce que je dois être. Par le contrat social et familial qui t’as forcé et appris à réagir comme ça. 

Face aux hommes, tu t’écrases. Face aux femmes, tu fuis. 

Tu n’as pas choisis tes aspirations, tu n’as pas choisi les émotions qui te traversent et pourquoi elles arrivent là, sous tes yeux. Tu subis. Tu dois prendre ton courage à bras le corps pour te défaire de toutes ces carcans, toutes les parties de toi que tu n’as pas choisi et avec lesquels tu te bas pour t’en libérer. C’est long, c’est fastidieux, de prendre conscience de toutes ces petits bouts de toi. 

Heureusement que la pellicule est là.

Pour te protéger, pour t’extraire de tout ça.
Mais aussi pour aimer, et te rapprocher.

MARGOT SELECTION SLX 1200-33.jpg

10 Avril 2013
Revenir, c'est faire du tri. Ordonner ce qu'il reste et mettre dans des caisses ce qu'il y a à garder. Bruler tous le reste. Je n'ai pas vécu ici, malgré des années à me perdre entre ces quatre murs. Il faudra garder le guitare, mais aussi les objets et les dessins d'A. Je ne suis pas encore prête à tout jeter. Faire le tri c'est comme tout brûler ; en moins romantique, en plus douloureux. Au moins, j'aurai l'illusion d'être plus libre. 

On se ré-imprègne du passé avant de tout balancer ; on relie les lettres, les carnets ; on feuillète les livres qui nous on marqué, après tout on les relira sûrement, un jour, quand on aura un jardin et que ça à foutre. Et malgré tout, les choses sont encombrantes. Même si elles n'existent qu'en moi. 

2017_SAINT PERAY-1- BD-3.jpg

Où est-ce que ça me mène, tout ça ?

La route avec le père, Août 2017 

Traverser l'Ardèche, vite, toute l'Ardèche, très vite, se repasser le fils de mes souvenirs à bord de ce petit bolide décapotable. Parlez moi de la pluie et non pas du beau temps, aujourd'hui je salue le vent qui ballaie l'orage.

C'est moi qui conduit, cette fois ci enfin, c'est à mon rythme que nous iront. Aujourd'hui je ne lui laisse pas d'autre choix que de me suivre, je n'ai plus peur de rompre, de faire des vagues, plus peur de dire merde. Regarde ce que je suis, ce que j'ai vécu, regarde les routes par lesquelles je suis passée, seule et dans la nuit, le pouce en l'air rejoindre des inconnus, me perdre dans les champs, au bord de la nationale, jusqu'à plus soif et pour ne plus rentrer. J'attendais que le soleil se lève, et souvent à reculons ; mais toujours, je rentrais. 

Un an de silence, ça donne envie de se taire à tout jamais, je roule vite pour ne pas fixer la gêne, j'écoute les virages plutôt que mon esprit d'adolescente revancharde, mais l'angoisse d'être côte à côte pèse encore. Bloquée, suspendue, je sais que rien n'est permanent et je m'accroche à cette idée. Je maîtrise le moment et le remplie pour ne pas trop le sentir, le volant entre les mains je jouis de cette liberté nouvelle de m'imposer, le compteur à fond et le risque à chaque virage de tout faire foirer. De n'en avoir plus rien à foutre, de faire passer définitivement cette envie de gerber. 

Mais il y a la route, le vent et son éternelle putain de bonne volonté, à l'autre. Alors je déballe douze mois de ma nouvelle vie dans le désordre pendant qu'il se laisse conduire et me suit dans chacun de mes arrêts. Retarder l'arrivée. Du petit village aux milles souvenirs siciliens au petit rayon de soleil qui n'attendra pas, celui là, regarde, ce truc qui transperce les nuages et me fait fondre en larme, instantanément, mais ouvre les yeux bordel ! Je suis toujours en vie ! Le père reste silencieux et l'appareil à portée de main. Tout est si fébrile, les sensations profondes et l'instant précaire. Je pense à mon souffle, tente de remettre du mouvement dans cette relation pour écrire un chapitre neuf ; plus solide je ne sais pas, mais sûrement plus vrai.

2013 - Bazoches-23- BD.jpg

Sur les bords de Seine, 2015

J’ai eu besoin de fouiller plus loin, de tirer le fil qui m’amène jusqu’aux racines.

Mes grands parents, l’Algérie,

La Clusaz, 2014

2014_Clusaz St raph-3- BD.jpg

« Il y avait ce pendule, qu'il avait décroché après son départ, et cette peluche, que j'avais abandonné. Mais maintenant il faut rentrer, ravaler la fierté et affronter ce qu'on a laissé derrière. Revenir, sur quelques marques. »