Un aller-retour sur soi.
Ile de la Réunion, 2016.
Jeudi 5 mai 2016 - Dimitile, au gîte
Tout se mélange. Je n'arrive pas à encore à être physiquement présente. Il y a beaucoup de nouvelles têtes. Retour à la maison. Les yeux mouillés, remplie de souvenirs d'enfance et de complications familiales... Le bruit de la pluie qui "farine" dehors, légère, les nuages qui nous encerclent en haut de la montagne… tout ça nous montre où on peut trouver un peu d'air, et du réconfort. Tout est blanc, il n'y a rien à craindre. Pourtant, je me sens très loin et je ne sais pas ce que je suis venue chercher ici. Je crois que je suis encore partie dans un projet qui ne m’appartient pas.
Allongés sur la tranche, les genoux pliés, chacun pose sa tête sur les genoux de l’autre. Têtes bêches, on se regarde. On forme un ovale, ça doit être beau vu du haut. Il est tard, on doit marcher demain mais je n’arrive pas à fermer l’oeil et, comme souvent en ce moment, je me sens partir. Je suis paralysée, j’ai le souffle court, le corps froid. C’est la peur qui me cristallise, comme souvent.
Adrien veille sur moi. Calmement, il me caresse la jambe. “ Accroche-toi à moi.“ “ Si je dors alors que tu es pas bien, réveille-moi “
Je ne sens pas sa main sur ma jambe, et ça me fait paniquer. Je me sens de plus en plus absorbée, mon corps m’engloutit jusqu’à ce que je devienne étrangère à lui. Je me concentre sur ce corps froid et respirant qui est resté sous le matelas. Je vois aussi du vent, une femme derrière une porte, un abandon, et beaucoup de solitude. Je ne peux pas éteindre la lumière, Adrien le sait et me sert contre lui.
J’essaye de fredonner une chanson pour m'éloigner de cette sensation mais mon coeur ne ralentit pas. Ça va passer, c'est juste un moment. Je ne réalise pas ce qu’il se passe. Tout me paraît encore surréaliste, en dehors de la réalité. En dehors de cette maison froide, où des corps s’endorment sous le lit. Je sens la froideur, dehors le vent souffle et dedans, c’est glaciale. J’ai peur de mourir à mon tour.
Demain, il faudra marcher. Mais je ne sais pas bien où on va. Je ne sais pas où je vais et pourquoi je suis là.
Je me sens partir, je suis déjà loin.

